El Niño 2026-2027 : impact sur le ski au Québec et en Ouest canadien

El Niño, c'est un réchauffement anormal des eaux de surface du Pacifique équatorial qui redessine le jet-stream et, avec lui, les trajectoires des tempêtes de tout l'hémisphère nord. Depuis juin 2026, ce réchauffement dépasse déjà 2 °C au-dessus de la normale. Il pourrait devenir le plus fort jamais mesuré. Pour les skieurs du Québec et de l'Ouest canadien, ça veut dire une chose : cet hiver ne suivra pas le calendrier habituel.

Bill Merryfield, scientifique à Environnement et Changement climatique Canada, le dit sans détour : « les observations et les prévisions pointent toutes vers un événement extraordinaire ; certains modèles, dont ceux d'ECCC, approchent ou dépassent 4 °C, ce qui serait du jamais vu dans les données modernes, et de loin. » Les valeurs hebdomadaires de l'indice Niño-3.4 tournent déjà autour de 1,8 °C, et les probabilités actuelles donnent 69 % de chances de dépasser 2,5 °C d'ici la fin de l'automne, ce qui surclasserait les références historiques de 1997-98 et 2015-16. L'analogue le plus récent : l'hiver 2023-24.

Un joueur qui refuse de suivre le livre de règles

Doug Gillham, prévisionniste en chef chez The Weather Network, résume ça bien : « un joueur atmosphérique d'une intensité sans précédent entraîne inévitablement des répercussions inattendues. »

Pas de panique généralisée pour autant. Aaron Levine, chercheur en ENSO à l'University of Washington, explique le phénomène avec une image simple : « si tu lances une roche dans un lac, tu vois des ondulations se propager à partir du point d'impact. » El Niño, c'est pareil. Un signal qui part de l'équateur et qui se propage, en s'atténuant et en se déformant, jusque dans nos montagnes. Son conseil : se méfier du battage médiatique. Un signal record dans le Pacifique ne se traduit pas automatiquement par un hiver record sur le terrain.

Québec : un automne qui s'étire, un hiver incertain

André Monette, chef de la météorologie à MétéoMédia, voit surtout de la douceur s'en venir : « l'empreinte réelle d'El Niño se fera surtout sentir en novembre avec une douceur prolongée. » Concrètement : un début de saison plus lent que d'habitude, avec plus de pluie verglaçante que de neige dans les premières semaines.

Mais avant de croire que la saison est automatiquement compromise, un chiffre à garder en tête : en comparant dix stations à travers le Québec pendant les trois El Niño les plus forts jamais enregistrés, l'enneigement variait entre 49 % et 113 % de la normale selon la station. Trop large pour prédire quoi que ce soit avec confiance. El Niño record ne veut pas dire hiver record, dans un sens comme dans l'autre.

L'altitude, ta meilleure protection dans l'Ouest

En Colombie-Britannique et en Alberta, la tendance générale penche vers plus chaud, plus sec. Alan Smith, météorologue chez OpenSnow, le confirme, tout en rappelant qu'il est statistiquement rare d'enchaîner deux mauvaises saisons de suite.

Mais la vraie histoire est une histoire d'altitude. À Whistler, le mi-montagne, à 1 835 m, a reçu 107 %, 100 % et 124 % de l'enneigement médian pendant les trois El Niño les plus forts de l'histoire. Le village, lui, à 675 m, se trouve exactement dans la zone la plus vulnérable au réchauffement. Même logique du côté des Rocheuses, où des stations en haute altitude comme Banff Sunshine, Lake Louise et Marmot Basin encaissent mieux le risque de pluie que les secteurs plus bas. Snowthere, qui a compilé ces chiffres, résume ça en une ligne : « l'effet vit sous le ski. »

Lilianne Lambert, guide de montagne pour CMH et ambassadrice Ferreol, résume bien l'incertitude qui plane sur l'altitude cet hiver : « En regardant l'ensemble des prévisions, je m'attends à ce qu'El Niño apporte de bonnes précipitations avec des températures plus douces. Par exemple, il devrait neiger abondamment au-dessus de 1 500 m, mais pleuvoir en dessous de cette altitude, jusqu'au fond des vallées. Ça va être excellent pour les glaciers, qui vont recevoir une bonne quantité de neige! Mon conseil pour l'hiver : rester positif et suivre attentivement le bulletin d'avalanche pour bien comprendre le manteau neigeux à travers les fluctuations météo. J'espère avoir tort, et qu'il va neiger jusqu'au fond des vallées, pour qu'on puisse ranger la souffleuse et aller faire du ski de fond. »

Questions fréquentes

Est-ce qu'El Niño va nuire à la saison de ski au Québec cet hiver? Pas nécessairement. Les données historiques sur dix stations québécoises montrent un signal trop variable (49 % à 113 % de la normale) pour prédire une saison catastrophique. Ce qui est plus certain : un automne plus doux et un début de saison possiblement retardé.

Quelles stations de l'Ouest canadien seront le moins touchées? Les secteurs en haute altitude. Le mi-montagne de Whistler et les stations comme Banff Sunshine, Lake Louise et Marmot Basin ont historiquement mieux résisté que les zones de basse altitude durant les El Niño forts.

C'est quoi, un Super El Niño? Un événement El Niño où l'indice Niño-3.4 dépasse largement le seuil de 2 °C associé à un El Niño « très fort ». Celui de 2026-27 pourrait approcher ou dépasser 4 °C, ce qui serait sans précédent depuis le début des mesures modernes.

Ce qu'on en retient

La seule certitude cet hiver, c'est l'incertitude. Un début plus lent à l'est, une saison qui va se jouer en haute altitude dans l'Ouest, des probabilités plutôt que des promesses partout ailleurs. C'est exactement le genre d'hiver où l'ingénierie fait la différence : nos skis sont conçus pour rester joueurs et polyvalents de la glace vive jusqu'à la poudreuse profonde, dans la même descente. Cette année, ils vont en avoir besoin. Toi aussi.